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Célébration de l'Aube (et du dimanche matin)

Par la liseuse :: 28/01/2007 à 11:32

    
 
« …Ceux qui sont vieux dans le pays le plus
tôt sont levés
      à pousser le volet et regarder le ciel, la mer
qui change de couleur
     et les îles, disant : la journée sera belle si
l’on en juge par cette aube.
 

   Aussitôt c’est le jour ! et la tôle des toits
s’allume dans la transe, et la rade est livrée au
malaise, et le ciel à la verve, et le Conteur
s’élance dans la veille !
 

   La mer, entre les îles, est rose de luxure ; son
plaisir est matière à débattre, on l’a eu pour un
lot de bracelets de cuivre !
     Des enfants courent aux rivages ! des che-
vaux courent aux rivages !... un million d’en-
fants portant leurs cils comme des ombrelles…et
le nageur
 

    a une jambe en eau tiède mais l’autre pèse
dans un courant frais ; et les gomphrènes, les
ramies,
    l’acalyphe à fleurs vertes et ces piléas
cespiteuses qui sont la barbe des vieux murs
    s’affolent sur les toits, au rebord des gout-
-tières,
 

    car un vent, le plus frais de l’année, se lève,
aux bassins d’îles qui bleuissent,
    et déferlant jusqu’à ces cayes plates, nos
maisons, coule au sein du vieillard
   par le havre de toile jusqu’au lieu plein de
crin entre les deux mamelles.
   Et la journée est entamée, le monde
   n’est pas si vieux que soudain il n’ait ri…
 

   C’est alors que l’odeur du café remonte
l’escalier. »

 («Eloges » de Saint-John Perse)

 
   A chaque fois que je relis ce poème, l’image qui se crée dans ma tête s’enrichit de ce que je vis et de mes idées vis-à-vis des gens et du monde.

J’ai toujours porté Saint-John-Perse dans mon cœur comme un grand père bienveillant et talentueux qui seul sait me faire rêver de cette manière là.

Aujourd’hui qu’une autre lecture m’assombrit l’esprit, je me jette toute entière dans les flots bleus de ses mots pour m’y couler très profondément.

Parce que l’on a toujours besoin d’un refuge (il n’y a qu'à voir la vogue des livres qui vous proposent une escapade mentale), autant se carrer dans celui que vous avez choisi après lecture et qui n’est pas forcément destiné à cette usage.

Dans les bras bienveillants d’un grand-père mort, étouffer dans le lait, les cyprès et les gomphrènes.

 

Quelques photos , pour « mieux voir » :

http://www.desert-tropicals.com/Plants/Amaranthaceae/Gomphrena_globosa.jpg

http://nature.jardin.free.fr/image4/ft_acalypha_hispida.jpg

http://home.earthlink.net/~kenuy/Psilvertree.JPG


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