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Aussitôt dit aussitôt fait, cette phrase provoquait inéluctablement chez ma petite personne capricieuse une bonne quinzaine de minutes de silence boudeur (pas plus, après ça devient difficile), et il va de soi que je refusais tout net de répéter ce que je venais de dire.
C’est que j’avais telllleeement de choses à dire ! Et les choses n’ont pas beaucoup changé..
Aussi aujourd’hui avais-je l’intention de vous parler de l’œuvre de Daniel Pennac en partant du petit volume intitulé « Des chrétiens et des Maures ».
Mais voyons, c’est impossible, après Gide tire la gueule et Fritz Zorn pousse des hululements morbides du fin fond de son tombeau.
En effet, la plupart des aimables auteurs qui acceptent non sans ascétisme de s’installer dans ma modeste bibliothèque sont tous des livres ayant déjà eu une vie (j’adore cette idée).
Les seuls livres achetés sont ceux pour qui je n’ai pas su être assez patiente.. Mais il va de soi qu’un bon Balzac se trouve sans grande difficulté dans n’importe quel petit bookshop Oxfam ou dans ces mini librairies où les vieux propriétaires jouent en cachette au tétris ou feuillètent avec nonchalance un livre relié du début 19ème tellement le flux de dangereux voleurs à l’étalage est faible dans ces contrées à l’odeur si caractéristique.
J’aime ces petites notes que les différents lecteurs ont pu laisser dans la marge, ces petits mots de prompt rétablissement, l’impression de pouvoir savoir quel chapitre a été le plus relu de tout l’ouvrage.
Le livre est un objet certes, mais il reflète des époques et des gens qui méritent que l’on s’intéresse à eux.(enfin, si on aime ça…)
Aussi vais-je vous présenter pas à pas quelques uns de mes amis livresques.
Pour commencer avec brio je vais vous présenter le plus lu et relu de mes vieillards « les nourritures terrestres et les nouvelles nourritures » d’André Gide.
La première partie a été publiée en 1897 (Gide avait alors 28ans) et la seconde, « les nouvelles nourritures », en 1935.
Mon édition, quant à elle, date de 1942, c’est l’édition de la nrf (magazine fondé début 20ème et patronné par, je vous le donne en mille, André Gide). Evidemment, avec le temps, il a pris cette teinte jaunie que j’aime tant, les coins sont tordus et il a du prendre l’eau car toutes les pages ressortent légèrement froissées. Comment nier un charme si indéniable !
Il poursuit son tour de séduction en étant doublement signé. Vous savez, de ces belles signatures de professeur de primaire qui passent derrière les rangs pour redresser les dos malheureux et tordus de quelques uns de ses élèves.
Ici, la plus ancienne est tracée à l’encre, c’est celle d’un certain L. Briamont. Je l’imagine adolescent, issu d’une « bonne famille » où l’on a bien appris à prendre soin de ce que l’on possède. Alors il trace soigneusement, de biais, de cette écriture nette d’érudit son nom oublié.
Une autre page, une signature plus récente, de janvier 1983 (j’apprécie les gens précis), celle de J. Jims peut-être, ici je doute, c’est d’autant plus agréable.
Cette personne a-t-elle hérité du livre ou l’a-t-elle acheté tout comme moi ? Qu’a-t-elle pensé alors de l’autre personne dont les doigts avaient déjà tourné ces pages.
Et ici, eh bien, écoutez, c’est tout simplement grandiose. Il marque une période de ma vie, peut-être devrais-je l’inscrire dans le livre pour les prochains ?
Je l’ai acheté il y a deux étés de cela, mon premier été réel dans ma nouvelle vi(ll)e.
Et l’atmosphère était idéale pour cette lecture, ou peut-être était-ce cette lecture qui créait d’elle-même cette atmosphère si propice.
Toujours est il que ce livre est une « bible », beaucoup plus efficace dans mon cas que les vrais ouvrages religieux ou psychologiques, qui nous fait méditer et reprendre pied. Un mélange de tous les styles de tous les genres, une richesse graphique, tous tournés vers le
même astre : l’Humain.

(http://www.kalin.lm.com/gidph1.html)
Des extraits valent mieux que de longs et monocordes discours :
« Je voudrais arriver à cette heure de nuit où tu auras successivement ouvert puis fermé bien des livres cherchant dans chacun d’eux plus qu’il ne t’avait encore révélé ; où tu attends encore ; où ta ferveur va devenir tristesse, de ne pas se sentir soutenue. Je n’écris que pour toi ; je ne t’écris que pour ces heures. »
« Leur sagesse ?... Ah ! leur sagesse, mieux vaut
n’en pas faire grand cas.
Elle consiste à vivre le moins possible, se méfiant
de tout, se garant.
Il y a toujours, dans leurs conseils, je ne sais
quoi de rassis, de stagnant.
Ils sont comparables à certaines mères de fa-
milles qui abrutissent de recommandations leurs
enfants :
- « Ne te balance pas si fort, la corde va cra-
quer ;
Ne te mets pas sous cet arbre, il va tonner ;
Ne marche pas où c’est mouillé, tu vas glisser ;
Ne t’assieds pas sur l’herbe, tu vas te tacher ;
A ton âge, tu devrais être plus raisonnable ;
Combien de fois faudra-t-il te le répéter :
On ne met pas ses coudes sur la table.
Cet enfant est insupportable ! «
- Ah ! Madame, pas tant que vous.»
« On n’est sûr de ne jamais faire que ce que l’on est incapable de comprendre. Comprendre, c’est se sentir capable de faire. ASSUMER LE PLUS POSSIBLE D’HUMANITE, voilà la bonne formule »
« Alors, je me dis que ça ne doit être pas si difficile de mourir, puisque, en fin de compte, tous y parviennent. Et ce ne serait peut-être, après tout, qu’une habitude à prendre, si seulement on ne mourait pas rien qu’une fois.
Mais la mort est atroce à qui n’a pas rempli sa vie. A celui-ci la religion n’a que trop beau jeu pour lui dire : - Ne t’en fais pas. C’est de l’autre côté que ça commence, et tu seras récompensé.
C’est dès « ici bas » qu’il faut vivre. »
« Colline de Vincigliata. Là j’ai vu pour la première fois les nuages, dans l’azur, se dissoudre ; je m’en étonnai beaucoup ne pensant pas qu’ils pussent ainsi se résorber dans le ciel, croyant qu’ils duraient jusqu’à la pluie et ne pouvaient que s’épaissir. Mais non : j’en observais tous les flocons un à un disparaître ; - il ne restait plus que de l’azur. C’était une mort merveilleuse ; un évanouissement en plein ciel.»

(http://www.freemages.fr/browse/show.php?id=650)
« La musique d’une vie » d’Andreï Makine est un livre de paroles confiées. Paroles de l’énonciateur initial, celui qui pose avec talent l’oppressante atmosphère d’un lieu – une gare perdue au milieu de l’Oural- afin de mieux traduire toute la réalité d’une vie, d’une société, d’un type d’homme, l’homo sovieticus, et paroles de celui dont il aura la chance d’écouter l’Histoire.
Ici, celui qui va prendre la parole en tant qu’« homo sovieticus » est le mystérieux Alexeï Berg. Après une rencontre quasiment irréelle, son récit prend vie alors que le train entame ses premiers kilomètres dans un désert blanc ; ou plus justement, avec le branlement du train débute l’histoire d’un jeune homme, d’un être disparu, perdu dans la seconde guerre mondiale, dans son identité et sa réalité.
Alexeï Berg, fils d’artistes, devait donner son premier concert de piano le 24 mai 1941. Il transcrit avec amertume ce temps d’avant guerre où le trac et l’enthousiasme le grisaient encore. Hélas, ce spectacle n’aura jamais lieu. Sa vie, tout ce qui assurait l’unité de son être, vont être rattrapés par l’Histoire et l’oubli.
Contraint à la fuite, il vivra la guerre, il fera la guerre, avec l’identité d’un autre. Toujours il faudra rester lisse et au plus près de l’autre pour ne pas être pris. Il rencontrera des corps de femmes, des yeux livides de cadavres, un amour lié, l’odeur de l’iode.
Mais jamais il ne provoquera nos larmes, jamais il n’y aura de pesanteur analytique sur la personne du héros de guerre, d’insistance sur les scènes de combat.
Seule compte cette poésie de l’être détourné de sa route, vivant à demi ses années de fuite où il est un autre dépouillé. Un être qui ressent, qui observe, qui vit les choses comme à distance de son corps. Une distance qui rend les choses profondes, qui rend ce livre prenant et pesant, dont le personnage ne nous quitte plus.
Une image reste pour longtemps, l’image d’adieu, celle d’un homme qui n’est plus là , parti dans la contemplation de celui qui, face à lui, donne son premier concert de piano.
Et l’on passe son temps à chercher encore et encore comment cela est possible, à chercher ce qu’il ressent et comment il a pu survivre à une si grande perte.
Un bloc de béton s’abat dans l’estomac.
Ce soir-là j'étais allée me coucher pas plus angoissée que d'habitude. Après avoir vérifié une dizaine de fois que la porte était bien fermée et que tous les appareils électriques étaient bien débranchés et froids, j'étais partie rejoindre mon mari au lit.
Il était tout fringuant dans son petit pyjama de flanelle, ses joues pivoines accentuaient la beauté des boutons dorés et gravés avec les armoiries de notre famille.
Après m'avoir délicatement tourné le dos en maugréant car je ne me prestais pas assez, il a éteint la lumière et je me suis endormie aussi sec grâce à la désormais pointue performance des somnifères aux algues de dubai.
Quand soudain, il était peut-être minuit, je fus réveillée par un cri terrible, un cri de bête féroce. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que ce hurlement puissant et bestial sortait directement de la petite bouche étirée de mon petit mari si chou dans son pyjama de noël.
Jean-Luc avait une rage de dent terrible.. Je le regardais pétrifiée, ne sachant que faire, où aller, qui appeler. Me rappelant subitement mes longues soirées seule devant la télé, j'ai trouvé la solution.
"Ne crains rien Jean-Luc, j'arrive, tiens bon, tu vas t'en sortir".
Et sans qu'il n'ait eu vraiment le temps de comprendre le pourquoi du comment, je l'ai assommé avec le buste de grand-mamie. Enfin il ne gémissait plus, et le buste n'était même pas effleuré. Mais quel tact Ginette.
Pour être sûre qu'il ne se réveille pas tout suant dans les draps propres de notre lit Louis 9, je l'ai tiré jusqu'au salon où le carrelage, j'en étais certaine, lui serait salutaire.
Je suis retournée me coucher, encore toute tremblotante mais si fière de ma réactivité. Je me suis offert un petit martini en récompense, et j'ai passé une nuit de rêve.
Le pauvre...

"Le temps, la marée et les examens n'attendent pas" (Mary Lawson)
Je doute que Mary ait pensé au moment de la rédaction de cette phrase à mon pauvre sort personnel, mais je m'autorise quand même à le croire, histoire de ne pas être trop dure avec moi-même.
Des mois d'épuisement moral et physique m'ont enfin permis d’arriver à ces quelques jours d'abstinence estudiantine.
Je retrouve enfin mes lectures fétiches, je farfouille dans les librairies d'occasion à la recherche de la perle rare et la pêche est bien souvent miraculeuse (mais ceci est une autre histoire)
Je vais donc faire ici quelques gammes afin de me réhabituer à communiquer mes états d'âme et autres commentaires indispensables au maintien de l'équilibre environnemental (regardez, cet été je n'ai pas écrit, voyez le résultat, quelle culpabilité)
Ainsi, parlons d'un livre que je n'aurais jamais lu si on ne me l'avait pas refilé sans que je me rende bien compte de ce que je faisais.
"Holy lola", coécrit pas Tiffany Tavernier et Dominique Sampiero pour la télévision.
Généralement, assez bloquée sur des positions que je ne remets en cause qu'à chaque solstice d'hiver, j'évite de lire des scénarii de film, avec l'appréhension du marin que l'on enverrait pêcher à la mouche dans
J'ai lu les premières lignes, ça avait l'air pas si mal écrit, et puis les chapitres étaient courts, ce qui a toujours pour effet de me faire dévorer les livres en quelques heures à peine.
Ce que j'ai donc fait, à l'exception de la fin...
Et j'ai été emballée, littéralement emportée par la vague de ce récit.
Il faut dire pour ma défense que j'adore dévorer des "histoires de vie". Ce que je préfère étant les livres à plusieurs voix ou chacun témoigne de son expérience, réelle ou fictionnelle. (Autant dire que j'adore également les reportages qui passent tard sur ARTE et où des vies entières se dévoilent, de la plus belle façon qui soit, sous nos yeux ébahis)
Pour faire court, ce livre développe l'expérience de vie d'un couple qui "décide" d'aller adopter au Cambodge (mais peut-être avez-vous vu le film?)
Les voix du mari et de la femme s'alternent à chaque chapitre et nous offrent un aperçu mosaïque de cet accouchement combatif.
En lien plus ou moins logique on trouve également le livre d’Elisabeth Quin « tu n’es pas la fille de ta mère » et puis le livre « naissances », récits complexes de plusieurs écrivaines.
« Je dis mais ne sais pas »
La liberté est toujours difficile à reconquérir, alors pour la suite, je vais faire bref, je vais vous raconter un rêve.
J’ai rêvé d’un labyrinthe sans fin où j’errais seule à la recherche désespérée de quelqu’un de ma connaissance. J’ai fini par monter dans un ascenseur qui ne menait nulle part.
J’ai pris un livre, un livre de Plaute, et je me suis moquée d’Euclion. L’ascenseur s’est aussitôt stoppé net à l’étage des ragots. Et c’est là que j’ai appris que laliseuse aimait beaucoup les histoires..

Voilà Anna, femme de haut rang, belle, digne, mariée au duc de Normandie, elle aime gérer son ménage, organiser des dîners et coudre des napperons.
Hugues lui est un jeune chevalier revenu d'une croisade en Orient, ses mains sont fines et habiles, il maîtrise l’art de la rhétorique et à la musique en adoration.
Toutes les conditions sont là pour une bien jolie histoire d’amour courtois.
L’amour courtois est un amour contrarié.
Evidemment Anna est comme il se doit, une femme un peu naïve et emprunte de foi chrétienne. Hugues quant à lui est tel un poulain fougueux à la crinière palpitante.
Dès leur première rencontre, l’amour surgit, et c’est immédiat…enfin presque ; pour être sur d’arriver à ses fins, Hugues doit bien vérifier avant de commencer qu’Anna est une épouse modèle, qu’elle est d’un rang supérieur au sien, que tout le monde les observe, et préférer que celle-ci vive à une grande distance à cheval. Petits détails indispensables à une relation qui marche.
Bien sur, il fera le premier pas « que vos napperons sont doux, que la dinde est exquise » et ne manquera pas de renifler son doux parfum musqué au détour d’une rencontre croisée.
Il passera la soirée à l’admirer avec des yeux de merlan frit et elle n’y verra que du feu. Car Anna est heureuse, ses œufs à la diable ont eu un succès fou et son époux ronfle déjà d’aisance dans le sofa Hugues Capet (une bien belle affaire).
Vas y Hugues, c’est le moment ou jamais, la belle est assise, les yeux rêveurs et le bandeau soyeux, devant une table ou la masse virile eructe d'aise. Il la rejoint, hésite, mais sa témérité est celle d’un jeune homme fier qui croit en le pouvoir royal de sa chevelure. Il s’assoit donc à ses côtés. Et reste muet…
L’amour courtois a besoin de temps. Et oui, le désir est si présent qu’Hugues rougit de se savoir gêné. Il décide d'envoyer son ecuyer pour lui remettre discrètement un message dès son départ.
L’amour courtois est de ses amours discrets, qui toujours se révèle au moment les plus idiots qui soient.
Quand Anna recevra cette missive, elle rougira et ira a confesse. Comme toute héroïne qui se respecte, au lieu de rester muette, elle décidera, pleine de bonnes intentions, de lui envoyer à son tour une dame de sa cour pour lui exprimer ses excuses les plus sincères, car non vraiment c’est impossible, « et la bonne qui pique tous mes bijoux ! »
Hugues ne se souciera pas d’avoir reçu une réponse négative, il en est sur maintenant, elle l’a remarqué, elle l'aime fougueusement, c’est l’heure de l’approche décisive.
En amour courtois, dire que « c’est l’heure de l’approche décisive » signifie qu’il ne reste plus que quelques mois d’acharnement halluciné avant d’obtenir un regard de la belle.
Mais six mois plus tard, la prude Anna, enceinte de son duc, repoussera une ultime fois son amant fou, prétextant des nausées matinales, mais ressentant en réalité les premiers signes d’un amour reconnaissant pour son jeune soupirant au torse puissamment galbé.
Lui, ruiné par son amour, sans un sou ni un ami, ira se jeter sous une charrue. Cependant, il aura pris la peine par avant de déclamer toute son histoire dans une magnifique œuvre courtoise(tel un bon troubadour).
Un soir de pleine lune, à la cour du Duc de Normandie, un homme viendra conter cette histoire et encore bien d’autres. Anna croira déceler son histoire à elle dans ces récits (même si nous on sait que c’était la chanson trois qui la concernait, et qu’elle a pleuré pour la cinq), elle tombera gravement malade et laissera son mari seul et éploré avec une petite enfant naine.
Mais vous savez, parfois il arrive aussi que ça finisse bien
« Une femme de 37 ans a été tuée dimanche soir en Belgique par un guépard dont elle était la «marraine» » (Par Libération.fr 12/02/07)
Dans ce livre écrit par Anne Colmerauer (également
connue sous le nom d’Anne Calife), le personnage principal finit par pousser
dans une cage aux lions une autre femme qui s'y fait aussitôt dévorer.
Ce livre était vraiment obsédant car l’écriture vous
transperçait véritablement.
Une femme y lutte contre ce qui envahit son esprit.
Et la lutte est rude.
Ce roman a un goût particulier pour moi car j’ai eu la
chance de rencontrer son auteure avant même de lire son ouvrage. Elle était (et
demeure) professeure dans mon établissement. Nous faisions, mon amie et moi, un
exposé sur je cite « la folie dans la création ».
Nous nous étions aussi inspirées, à cette occasion, du « mur »
de Sartre et des « bébés de la consigne automatique » de Murakami
Ryu. Autant dire que le sujet était passionnant, et le passage par des
romans qui illustraient des faits « scientifiques » terriblement
intéressant.
Mais pour en revenir à cette histoire, cette rencontre a
influé ma lecture en ce que j’ai eu du mal à croire que cette femme-là ait créé
un Univers pareil.
Des images surgissent encore.
Et avec elles, cette rencontre un peu floue, mystérieuse et
teintée de ce passé qui romance et sépare tous vos souvenirs du « réellement
vécu ».
Quand le roman rejoint la réalité, quand parfois même l’inspiration
part d’un fait réel, on sent son esprit s’ouvrir à une multitude de mondes.
Et qu’il est bon de se plonger dans ceux qui ne tuent qu’en
mots.
Quand
j’entends ne serait ce qu’une alarme de police, mon cœur s’emballe déjà à des
allures folles. Je ne me sens point coupable, loin de là, mais j’imagine à
chaque fois l’événement qui a pu causer tel nécessaire recours à la police.
Pour
l’alarme de l’ambulance c’est encore plus vif, c’est à peine si je peux retenir
mes larmes par un semblant de sens commun qui me dit que non vraiment ce n’est
pas raisonnable, nous ne sommes pas dans un de vos romans ma petite huguette.
Je pense
bien que le fait d’imaginer des scènes, parfois même de les romancer, doit être
en cause dans une telle réaction. Mais l’on ne peut pas non plus s’empêcher de
se dire que la réalité est au combien plus crue.
Et les
larmes redoublent
Hommage aux
spots publicitaires pour les gsm qui nous créent des mondes paradisiaques ou
personne ne se flingue.
Faut-il se méfier de l’amour ? Faut il se méfier du désir ? Faut il croire en la vérité ?
L’amour, le désir et la vérité sont trois absolus qui renferment dans le fini tout un lot de contradictions.
Ce qui est à craindre de l’amour, ce sont ses effets, qui parfois jouent les guides dans l’erreur.
Ce qui est à craindre du désir, c’est sa polymorphie originelle et son insatisfaction éternelle. Il est un moteur qui tantôt nous pousse à nous réaliser pleinement et qui tantôt nous aliène.
Quant à la vérité, elle est absolue. Mais les vérités, elles, « nous trompent » souvent en n’étant que des reflets d’elle-même et en nous aveuglant.
Soit assez de pièges que pour tomber profondément dans le puit.
Quand Sophie, l’héroïne de ce livre, tombe amoureuse, elle tombe amoureuse d’un statut enfin obtenu. La fin des questionnements est proche, le désir comblé, ou du moins le désir sexuel (et cela seulement pour un temps), et la vérité semble toute trouvée, soit ELLE et LUI pour la vie.
Pourtant, elle se retrouve rapidement comme handicapée du bonheur, jamais satisfaite, toujours réduite à n’être que ce que l’on dit ou veut d’elle, incapable de se révolter, presque comblée à la vue d’une stabilité banale certes mais prochaine. Plus à penser. Thème des plus actuels.
Ramona, sa meilleure amie, exulte dans l’absolu. Rien n’est assez idéal que pour lui plaire, elle mourra à 20 ans en toussant dans un mouchoir en batiste ou deviendra l’aboutissement d’elle-même. La demi mesure n’existe pas
A lire ceci, on se dit qu’il doit bien y avoir quand même un entre deux. On se dit que certes en amour, il faudrait vraiment commencer à s’appliquer à penser à soi d’abord, pas trop, peut être un peu plus, c’est à dire assez que pour être fier(e) de soi.
Seulement, comment résister à la tentation extrême d’être soudé à l’être aimé. Penser à soi pour que le couple vogue toujours sur des flots lumineux, sans doute un objectif à renouveler sans cesse.
L’idée est parfaite, elle nous a presque tous déjà effleurée, voire même beaucoup travaillée, et Sophie ajoute à cela en posant sa pierre à l’édifice, avec son cas à elle, peut être extrême, sans doute courant.
Au final son creux intérieur nous éblouie comme un reflet fin observateur, qu’importe la route que l’on a fait sur sa longue et propre traversée personnelle.
Et à son tour on recherche ou on refait confiance à son Eduardo, ami essentiel qui nous fera réaliser ce que l’on vaut au juste.
(A signaler, l’écriture magistrale de l’auteur, qui dans tous ses romans, offre une consistance incroyable à ses personnages et à leur vie, passant parfois peut être sur l’extérieur, mais nous attachant toujours à son ouvrage par son côté palpitant et vrai (même si le destin des êtres qui le compose est parfois exceptionnel)).

En plus de
ces contrées personnelles ou l’on se sent maître en péril
Devoir
faire face aux nouveaux dangers, aux étrangers et aux obligations incohérentes
Devoir
contrer les envies de sombrer dans un profond sommeil
Comme un
creux qu’on ne veut pas voir
Ecouter la
voix de Marissa Nadler
Replonger
dans nos illustres chimères (il faut pourtant y croire !)
Et en retomber
amoureuse
« …Ceux qui sont vieux dans le pays le plus
tôt sont levés
à pousser le volet et regarder le ciel, la mer
qui change de couleur
et les îles, disant : la journée sera belle si
l’on en juge par cette aube.
Aussitôt c’est le jour ! et la tôle des toits
s’allume dans la transe, et la rade est livrée au
malaise, et le ciel à la verve, et le Conteur
s’élance dans la veille !
La mer, entre les îles, est rose de luxure ; son
plaisir est matière à débattre, on l’a eu pour un
lot de bracelets de cuivre !
Des enfants courent aux rivages ! des che-
vaux courent aux rivages !... un million d’en-
fants portant leurs cils comme des ombrelles…et
le nageur
a une jambe en eau tiède mais l’autre pèse
dans un courant frais ; et les gomphrènes, les
ramies,
l’acalyphe à fleurs vertes et ces piléas
cespiteuses qui sont la barbe des vieux murs
s’affolent sur les toits, au rebord des gout-
-tières,
car un vent, le plus frais de l’année, se lève,
aux bassins d’îles qui bleuissent,
et déferlant jusqu’à ces cayes plates, nos
maisons, coule au sein du vieillard
par le havre de toile jusqu’au lieu plein de
crin entre les deux mamelles.
Et la journée est entamée, le monde
n’est pas si vieux que soudain il n’ait ri…
C’est alors que l’odeur du café remonte
l’escalier. »
A chaque fois que je relis ce poème, l’image qui se crée
dans ma tête s’enrichit de ce que je vis et de mes idées vis-à-vis des
gens et du monde.
J’ai toujours porté Saint-John-Perse dans mon cœur comme un grand père bienveillant et talentueux qui seul sait me faire rêver de cette manière là.
Aujourd’hui qu’une autre lecture m’assombrit l’esprit, je me jette toute entière dans les flots bleus de ses mots pour m’y couler très profondément.
Parce que l’on a toujours besoin d’un refuge (il n’y a qu'à voir la vogue des livres qui vous proposent une escapade mentale), autant se carrer dans celui que vous avez choisi après lecture et qui n’est pas forcément destiné à cette usage.
Dans les bras bienveillants d’un grand-père mort, étouffer dans le lait, les cyprès et les gomphrènes.
http://www.desert-tropicals.com/Plants/Amaranthaceae/Gomphrena_globosa.jpg
http://nature.jardin.free.fr/image4/ft_acalypha_hispida.jpg
http://home.earthlink.net/~kenuy/Psilvertree.JPG
Il pleuvait des cordes.
La belle Goly était assise en tailleur dans le fauteuil en osier du Che, ses yeux de charbon étaient fixés sur le mur nu, et sa tête s’abandonnait à un relant mystique.
Tout se mélangeait comme dans un rêve, ne fut-ce que par les rapports qui unissaient chaque protagoniste dans son imaginaire : Tantine et l’imam Ali unis dans une chevauchée fantastique sur une Harley-Davidson, le Capital libidineux fumant un cigare auprès de Sylvie Vartan, Johnny caressant son ventre sous le ciel étoilé d’un désert féerique.
Ses pensées auraient pu définir encore plus méticuleusement ses nouvelles acquisitions insensées si la récréation de Midi n’avait pas sonné.
Florence et Joëlle surgirent devant elle et l’entrainèrent sans ménagement.
Le harem de Jésus, Notre-Dame-de-Sion, avait célébré leur union révolutionnaire.
Des années plus tard, elles seront encore liées les unes aux autres, par la magie et le secret des rapports qui durent.
("J'ai épousé Johnny à Notre-Dame-de-Sion" de Fariba Hachtroudi)
(Yves Bonnefoy in « Les Planches Courbes »)
Ryszard Kapucinski représentait pour moi l’homme qui avait osé et qui osait encore et encore.
C’était un homme qui portait son être à travers le Monde et en particulier sur le continent africain, et qui nous faisait partager toute sa réalité.
Pas de préjugés ni de pensées préconstruites, c’était un « journaliste de terrain », un baroudeur qui vivait avec les populations présentes, qui comprenait l’Afrique dans son découpage subjectif... il vivait ses récits.
Il portait le journalisme à son plus haut degré, faisant vibrer ses écrits d’une flamme qui ne pouvait appartenir qu’à celui qui a vu uniquement par son humanité et sa raison, non par une éducation ou une société qui l’auraient poussé à percevoir tous les conflits et toutes les relations humaines d’un seul et même point de vue.
Il nous faisait voir la vie de quelques individus qu’on finissait toujours par inscrire dans nos mémoires, et leur histoire avec.
Devant cette figure de l’audace, j’aurais aimé m’asseoir... le regarder avec admiration, et parler des heures entières.(« Dites m’en plus sur Nkrumah, reparlez moi encore de « l’embuscade », donnez moi votre vision du voyage, portez moi en voyage)
Je me suis toujours dit qu’un jour venu j’aurais moi aussi le courage, à une moindre mesure, d’aller jusqu’à lui. J’avais même fixé un moment précis, une thèse sur les récits de voyage. Il faut croire qu’il me faudra faire sans son talent d’écrivain et de conteur mais surtout sans sa richesse même de penseur.
Je regarde maintenant avec une certaine mélancolie-souriante une petite carte de l’Afrique que j’avais crayonnée et glissée dans un de ses romans (« Ebène »). J’avais appris à dessiner à deux niveaux, celui des frontières, et celui des peuples.
Pour vous donner envie de le découvrir, voila ce qu’il dit lui-même de son parcours:
"J’ai vécu en Afrique pendant des années. J’y suis allé pour la première fois en 1957. Puis, au cœur des quarante années suivantes, j’y suis retourné dès que l’occasion s’est présenté. J’ai sillonné le continent, évitant les itinéraires officiels, les palais, les hommes importants et la grande politique. J’ai préféré me déplacer en camion de fortune, courir le désert avec des nomades, être l’hôte de paysans de la savane tropicale. Leur vie est une peine, un tourment qu’ils supportent avec une endurance et une sérénité stupéfiantes.
Ce n’est donc pas un livre sur l’Afrique, mais sur quelques hommes de là-bas, sur mes rencontres avec eux, sur le temps que nous avons passé ensemble. Ce continent est trop vaste pour être décrit. C’est un véritable océan, une planète à part, un cosmos hétérogène et immensément riche. Nous disons « Afrique », mais c’est une simplification sommaire et commode. En réalité, à part la notion géographique, l’Afrique n’existe pas."
(Ébène , Aventures africaines)
Je crois que tout le monde a déjà constaté tout cet univers des sens qui s’étend encore à bien d’autres domaines et qui se rattache aux livres.
Mais depuis peu, je vis une drôle d’expérience par le biais de mon amoureux .
En effet, celui-ci à un « nouveau » collègue qui me prête des livres (en général , je préfère être celle qui prête parce que je n’aime pas rendre ce qui m’a plu).
Mais bon, il y a aussi tous les bons côtés de ce genre de prêt : sans jamais le rencontrer il me montre son monde, je découvre des livres que je n’aurais peut être jamais lus, et je n’ai pas à me confronter à lui ( bien que des fois j’aimerais quand même bien avoir son avis sur quelques passages ou personnages)
Enfin soit, depuis peu je constate une évolution dans l’odeur de ses livres, je vous assure que c’est très marqué et très marquant. J’ai l’impression d’entrer dans son intimité ( il faut dire que les odeurs, c'est vraiment très symbolique) et de suivre un peu ses péripéties. J’en fais un parallèle avec ce que mon amoureux me raconte de lui.
Résultat, parfois je me retrouve à me sentir fautive , en faisant glisser les pages pour que le parfum s’en échappe. Un parfum d’intérieur frais , de douche dans la clarté , de douceur et de légèreté.
Franchement, je suis satisfaite, parce que jusqu’à maintenant, ça puait la cigarette.
Acheté il y a à peine une heure et dévoré en un quart d’heure dans un café, ce petit livre enchante les cœurs et fait papillonner les esprits.(et pousse à une poésie de grande qualité, n’est ce pas ?)
Dès ce soir, c’est certain, il va devenir notre livre de chevet.
N’hésitez pas à l’offrir à vos ami(e)s (même non francophones, même à des enfants>les pros des câlins), accepter sa part d’Ours devient avec les images de Mimi Nolan – qui a déjà un prénom idéal pour faire des grosses bestioles craquantes et poilantes - un véritable besoin. (Embrasse-moi mon tout trognon)
Un livre sur les câlins qui vous câline, qui représente une « saine alternative à l’alcool ou à la drogue »
Mais qu’attendons nous donc?!
« Doux Seigneur , elle a vraiment envie de me câliner »
« Reviens moi vite , mon tout doux »
Que voulez vous, après tout, ils me font bouillonner.
Mon aversion est telle que j’en développe des hallucinations : par exemple, je les vois tous en train de téléphoner ou alors en train de renverser ma mamie et de faire marche arrière.
Partie de faits réels - la dangerosité inhérente aux véhicules qui vont plus vite que ma bicyclette et le prix des grosses voitures avec des gros volants - j’ai développé une horreur maladive pour ce type de véhicule.
C’est que j’ai une idée très grossière du type de personnes qui pourraient conduire ce genre de bête de concours: je les imagine souvent, chez eux, en train de siroter un cocktail au pneu, elle, toute bronzée, tirée, enveloppée de son châle en hermine, elle s’appellerait Annie, et lui, très fier, très petit ?, très digne, dissertant sur la "passionité" aiguë de son emploi, il s’appellerait Nicolas ou bien Jean Luc, peu importe, de toute façon, c’est au gré de votre inspiration.
J’ai l’impression quand je les croise qu’il s’agit d’une communauté ( là je reste dans le vrai) qui part en safari (là je pousse). Or, je ne sais pas pour vous, mais à Liège, les antilopes ça courent pas les rues. Il y a bien des élevages d’autruches ou bien d’émeus, mais je ne pense pas que leur propriétaire serait très coopératif en cas d’une telle attaque.
Enfin bon, au final, j’ai pensé m’inscrire à une ligue anti 4x4, je me voyais déjà chef de clan, en train de mener toute une campagne qui saurait sensibiliser TOUT le monde. Alors j’ai été m’informer sur des sites spécialisés, lisant des avis de tout bord, jusqu’à finir par l’officiel .
Et voilà, déception.
On y revient toujours, la seule différence c’est que l’on passe de « Oh ma grosse voiture , Oh mon gros volant » à « Vas y vas y prends moi en photo , on fait un concours de crevaison ? »
Je ne sais plus sur quelle pied de piétonne danser.
Résultat, chaque jour je risque nos vies, à mon tendre et à moi, en provoquant des gens grisés et en restant révoltée au milieu du passage pour piéton.
Mais je demeure convaincue,
Turlututu.
Il
est dit, en bien des cultures, que nous ne vivons pas seuls. Outre les
bêtes à poil, les invisibles minuscules, et les au delà de l’espace
terre, un second monde peuplé de doubles et d’esprits maléfiques (voire
quelquefois très sympathiques) nous côtoie. Dès lors, la donne change,
car ces deux mondes ne peuvent que former un même réseau.
Dans
le monde d’Alain Mabanckou, certains Hommes sont dotés de doubles qui
vont changer leur vie, tout comme un destin contrarié.
Il
existe donc des doubles nuisibles, très symboliquement représentés par
des rats ou autres bêtes à pique, et puis des doubles plus pacifique
qui font de leur répondant humain un bienfaiteur hors norme, père de
hautes actions.
Dans
ce monde de cases, de mystère, et de vengeance, un jeune porc-épic, qui
a gagné de l’âge a quitter le monde naturel, devient le double d’une
filiation néfaste qui lui vaudra bien des malheurs.
Avoir
un double pour un humain, ce n’est pas seulement cohabiter vaguement
avec un animal fugueur, c’est aussi être accompagné pour sa vie entière
d’un double humain, sans bouche, sans nez, qui vous réclame chaque jour
le double de ce que vous avez produit excessivement la veille.
Pris
dans un cercle infernal où l’on se mord la queue, l’Homme est alors
tout à point pour succomber à ses désirs de vengeance, pour asseoir
plus sûrement encore son autorité mais surtout sa « dignité »
En
réalité, bien vite, ses raisons si » profondes » ne s’avèrent
être que des régressions vers l’âge enfantin du vol de sucette. La
souffrance personnelle explose et atteint autrui en plein visage, de
deux pics de porc-épic bien placés.
Si Kibandi, le maître humain, finit par disparaître dans des circonstances très oppressantes, c’est que dans ce monde là, les morts se vengent.
Ils
se vengent d’ailleurs même avant de grignoter les racines; dès leur
mise en bois, ils ont la possibilité de désigner celui qui les a
« mangé », et parfois, ces mises à mort prennent des allures
très folkloriques « le cercueil
se met tout d’un coup à bouger, les quatre gaillards qui le portent sur
les épaules sont comme entraînés dans une danse endiablée, ils ne
ressentent plus le poids du cadavre, ils courent à gauche et à droite,
souvent la bière les entraîne au milieu de la brousse, les ramène au
village dans une course vertigineuse… »
Toutes
ces observations, observations de croyance, de sentiments ancrés, de
messes basses, relèvent évidemment d’un narrateur omniscient, pourtant,
l’ombre de notre cher porc-épic plane partout sur le discours.
On
s’imagine alors à sa place, regardant vers le haut, reniflant la
poussière, chatouillé par les ronces. Et c’est qu’il sait se faire aimé
ce petit animal ! Dès le commencement, il incarne la différence,
celui qui sait plus, celui dont l’hérédité cache un lourd secret magique et dont le destin est tout aussi unique.
Car
si l’histoire nous est contée ( car je vous assure qu’on entend une
voix), c’est que ce petit être a étrangement survécu à la mort de ses
doubles humains et qu’il accumule à lui seul 142 années.
Tout
se présente comme si il avait survécu pour en tirer des leçons, pour
s’asseoir à notre pied, déballer ses souvenirs pour nous éduquer.
En
cela, je pense que l’on est d’accord, on se trouve bien dans un conte,
ou alors on pourrait dire une légende, une fable ,une comptine..
Qu’importe, cette fois ce monde m’est inconnu et je me retrouve petite
enfant.
Car
en général, lorsque l’on réécoute ou relit les contes et légendes de
son enfance, de son pays, de sa famille, une distance s’est déjà
creusée entre ce qui a été et l’idée que nous nous en faisons. Un si
gros lot de nouveautés ne pouvait alors que me faire replonger dans des
peurs et des croyances qui appartiennent à un monde non assimilé. Pour
que les choses soient « éclairées », un petit extrait de
terreur: « il (le père )
saisit le gamin (son fils, kibandi) par la main droite, le rudoya
presque, la porte demeura a moitié fermée, ils disparurent dans la
nuit, le père ne lâchait pas un seul instant la main du fils comme s’il
craignait que celui-ci ne prenne la poudre d’escampette, la marche fut
interminable, ponctuée de cris d’oiseaux de nuit, et lorsqu’ils
parvinrent enfin au cœur de la brousse, la lune les guettait d’un oeil
discret, le père libéra la main de mon jeune maître, il savait que
celui-ci ne pouvait plus songer à la fuite à cause de la crainte des
ténèbres qui l’habitait… »
Ce récit m'a fait vivre un retour aux veillés que je n'ai pas connu, l’entrée
dans un monde interdit qui nous attire et nous effraie, dans une
culture inconnue que nous possédons pourtant par petites bribes
d'histoires.
Etant
donné qu’une lecture n'est jamais terminée mais que l'attention, elle,
a des limites, je citerai une dernière fois le texte en déclarant haut
et fort en mon coeur (à la manière d'une ritournelle) « je
tiens désormais à mes souvenirs comme l’éléphant tient à ses défenses,
ce sont des images lointaines, ces ombres disparues, ces bruits
éloignés qui m’empêchent de commettre l’irréparable…»
Lisez bien, le monde est bourré de souvenirs à savourer…